20 janvier 2010. Consommer mais mieux

Afrique à vendre
L’un des phénomènes qui m’a le plus interpellée cette semaine concerne la vente massive des terres africaines à des entreprises ou pays étrangers.
Victimes tour à tour de l’esclavage, de la colonisation, de la globalisation
économique, l'Afrique est aujourd'hui encore
obligée de vendre ses terres… et, son pétrole, pour espérer s'en sortir.
A moins qu’elle ne fasse que donner un coup de main de plus aux méga-puissances pour que celles-ci puissent en tirer le meilleur profit.
Quant au tourisme, excepté dans la bordure nord et sud, il a bien de la peine
à prospérer sur un continent qui, pourtant, se laisserait volontiers recoloniser. Mais, les touristes peinent à venir pour les raisons que l'on sait, tardent à venir.
Ce continent connaîtra-t-il une embellie ?
Marrakech en vente
... Poursuivant cette réflexion, de retour de Marrakech, je n’ai pu m'empêcher d'être affolée par la taille de cette métropole autrefois paisible où, comme de nombreux happy-few, j'ai eu le plaisir de séjourner il y a trente ans !
Palaces en construction dans la ville nouvelle, ryads en cours de rénovation dans la ville ancienne, lotissements de villas standardisées à l’extérieur de la ville, plantés au milieu de nulle part, en attendant d'improbables acheteurs ou les
derniers coups de pioche qui pourront les empêcher de tomber en ruines avant même
d'avoir été achevés.
Avec un million d’habitants, une palmeraie saccagée par le béton, des problèmes d'approvisionnement en eau qui ne
manqueront pas de se poser, à force de piscines, salles de bain, parcours de golf -il y en a déjà trois-, cette région
a beau afficher sa marque et ses ambitions démesurées, elle n'en est pas moins, selon nous, déja menacée par les
visées pharaoniques et irraisonnées des autorités touristiques marocaines !
Au même moment, l’une des stations du Plan Azur, Mazagan, est aussi inaugurée sur la
côte Atlantique… offrant une débauche de luxe !
Le plan Vision 2020, fixe l’objectif démesuré de 20 millions de touristes… Loin de vouloir
jouer les nostalgiques, je suis et reste plus que jamais inquiète de tant de démesure à
l’heure où le tourisme est sensé être durable !

La nostalgie est ce qu’elle a toujours été : ?
A ce propos, les premiers voyageurs, qu’ils se nomment Stendhal ou Smollett ou Hugo …et plus tard, Georges Simenon ou Huysmans, ont toujours affiché une pointe de nostalgie à la découverte de
destinations, pourtant à leur époque à peine effleurées par le tourisme.
Je me demande donc si cette émotion qui souvent nous saisit lors d’un voyage, ne
naît pas de notre insatisfaction chronique et de notre incapacité à apprécier la réalité telle qu'elle est.
Toujours décalée par rapport à nos imaginaires, la réalité est-elle de nature à combler les désirs du visiteur par rapport à nos imaginaires ?
A moins que la nostalgie ne naisse de cette opinion très répandue selon laquelle hier était mieux qu'aujourd'hui ?
A moins que l’ailleurs ne soit voué dans l’esprit du découvreur à être inexorablement "sexy" ?
A moins que la nostalgie ne soit liée au déclin que nous fait subir l'âge et, à la perte des paradis perdus de l'enfance ... ?

